Étape 4
Enfin. Enfin, vos pieds se posent sur le sol desséché de l’antique planète que vous avez tant fantasmée. “Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage” vous dites-vous. Sourire aux lèvres, vous ne perdez pas une minute. Vous vous doutez que parmi les voyageurs, tous ne sont pas là pour le tourisme, la conquête de l’or et autres motifs dérisoires. Alors, vous vous remémorez la carte qui indique le chemin d’une crypte, bien ancrée dans votre tête, et progressez sans cesser de vous retourner pour guetter d’éventuels concurrents. Vous avez beau être parfaitement seul, vous sentez malgré tout une présence… Peut-être ne s’agit-il que de paranoïa. Vous poursuivez.  
 
Sur votre route, vous croisez tout un lot d’automates. Descartes n’avait peut-être pas tord au sujet des animaux… Ceux-là ont la même forme que les créatures terrestres, mais le bruit rouillé de leurs mouvements trahit leur constitution mécanique. En ce monde fait ”d’airain et de fer”, la poésie vous éclaire et empêche votre cœur de sombrer dans la mélancolie de la nature et du vivant. Vous vous mettez à déclamer ces vers de Leconte de Lisle...
 
Astres resplendissants des cieux, soyez témoins ! 
C'est à vous de frémir, car ici-bas, du moins, 
l'affreux spectre, la goule horrible est assouvie. 
Vertu, douleur, pensée, espérance, remords, 
amour qui traversais l'univers d'un coup d'aile, 
qu'êtes-vous devenus ? L'âme, qu'a-t-on fait d'elle ? 
Qu'a-t-on fait de l'esprit silencieux des morts ? 
Tout ! Tout a disparu, sans échos et sans traces, 
avec le souvenir du monde jeune et beau. 
Les siècles ont scellé dans le même tombeau 
l'illusion divine et la rumeur des races. 
ô soleil ! Vieil ami des antiques chanteurs, 
père des bois, des blés, des fleurs et des rosées, 
éteins donc brusquement tes flammes épuisées, 
comme un feu de berger perdu sur les hauteurs. 
Que tardes-tu ? La terre est desséchée et morte : 
fais comme elle, va, meurs ! Pourquoi survivre encor ? 
 
... avant de reprendre votre route. 
 
Le Dies Irae vous vient en tête à mesure que se rapproche le lieu tant convoité. Une crypte plus vieille qu’Aristote dans laquelle est caché le robot touché des mains de Racine et des autres. Vous pensez déjà à ce que deviendra votre vie. Les femmes, la renommée, l’argent et, surtout, la postérité. Les ruines se succèdent. Pour autant, la désolation de ce paysage n'atténue guère votre excitation. Vous le savez. Dans quelques mètres, vous appartiendrez aux génies. 
 
Au bout d’un certain temps, vous trébuchez sur une araignée cyborg. Alors que vous relevez la tête et ôtez de votre veste la poussière engendrée par la chute, vous apercevez, juste en face de vous, identique aux descriptions que vous en avez lues, l’entrée de la crypte.  
 
D’étranges symboles tapissent l’arche sombre dans lequel vous vous apprêtez à pénétrer. Mais sitôt que votre pied la franchit, vous entendez un bruit sourd derrière vous, et tombez à terre une nouvelle fois, en discernant de manière confuse quelques silhouettes...
 
SUITE